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La lettre ouverte d’Alain Deneault publiée dans Le Devoir le 24 juillet nous offrait un réveil estival réaliste, mais difficile : « La journée du 24 juillet marque le « jour du dépassement », nous rappelait l’auteur de Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï. Au-delà des critiques largement justifiées de notre système consumériste qui vise la croissance infinie dans un monde fini, le professeur de l’Université de Moncton concluait son texte sur une piste d’action dont on entend de plus en plus souvent parler, le développement de biorégions. Il s’agirait, pour faire face à la crise climatique, de (ré)apprendre à vivre « en rapport étroit avec le territoire » et sa communauté. À quelques mois du déclenchement des élections municipales, il nous apparaît utile de rappeler les capacités d’actions de ces entités, mais également des municipalités régionales de comté (MRC) qui exercent un rôle supramunicipal de premier ordre.

Impliqué depuis plusieurs années dans des regroupements citoyens écologistes actifs à l’échelle locale, j’ai eu l’occasion de constater à la fois les possibilités et les limites de l’action des petites municipalités. Comme le rappelait Stéphane Gendron dans son essai intitulé Rapailler nos territoires. Plaidoyer pour une nouvelle ruralité : « Il existe 1107 entités municipales au Québec. De ce nombre, 711 ont moins de 2000 habitants ». La très grande majorité des municipalités, qui représentent également la très grande majorité du territoire, sont donc de très petites tailles. Pourtant, l’État québécois leur confie des responsabilités importantes, notamment la gestion des déchets et le respect des normes pour la protection de l’eau. Cela peu paraître anodin pris une à une, mais la protection écologique du territoire québécois ainsi que la nécessaire résilience à venir passe par les décisions prises dans nos villages.

Au cours des dernières années, plusieurs villes de tailles moyennes ont réussi à mettre en œuvre des initiatives inspirantes, telles que le bureau de la transition écologique à Nicolet ou la réduction des déchets à la source à Prévost. À l’échelle des petites municipalités, il y a bien quelques projets hors normes comme la Politique de développement durable de Petit-Saguenay où habitent moins de 1000 « âmes », toutefois dans bien des cas, la volonté d’être proactif en matière environnementale est faible, voire inexistante. Or, de l’aveu du ministre de l’Environnement dans le rapport 2025 sur l’état de l’eau au Québec « des efforts importants » sont encore à faire. Malheureusement, nos petites municipalités n’ont pas les ressources humaines et financières suffisantes pour agir adéquatement. C’est là qu’entrent en jeu les MRC.

Responsable du schéma d’aménagement, du plan de développement de la zone agricole ou encore du Plan régional des milieux humides et hydriques, le conseil de la MRC réunissant les maires et les mairesses a un rôle important à jouer. Trop peu de citoyennes et de citoyens (ou de personnes élues) s’intéressent au pouvoir de cette entité trop souvent considérée comme administrative plutôt que politique. Grâce à des ressources et un espace d’action plus importants que nos petites municipalités, ces acteurs supralocaux devront pourtant être de plus en plus mis à contribution dans le contexte de la crise climatique. La mise en place actuelle des plans climat est une bonne occasion de le faire savoir. Dans les dix-huit MRC qui ont la belle opportunité d’élire leur préfet au suffrage universel, cela sera sans doute plus aisé qu’ailleurs, mais il faut espérer que cette pratique se développera dans le futur.

Bien qu’au Québec les espaces régionaux résonnent dans le cœur des gens, c’est bien à l’échelle des MRC que des opportunités d’action doivent être renforcées. Il serait donc intéressant de penser bio-MRC autant que biorégions pour poursuivre des projets tels que le développement de communautés nourricières. Plusieurs mouvements actuels s’inscrivent d’ailleurs dans cet élan (Nouvelle vague au municipale, plateforme AGORA, Multitudes, Communagir, etc.). Espérons que cela stimulera les débats en vue des élections de novembre prochain.

Lire la chronique précédente :

*Ce texte a initialement paru dans Le Devoir comme lettre d’opinion :

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