Que se passe-t-il lorsqu’on a la chance d’avoir tout l’espace et la liberté nécessaires pour écrire? Sans contrainte d’horaire ou de logistique du quotidien. C’est ce qu’ont vécu huit autrices, pendant les six jours qu’elles ont passées récemment au Studio B-12 à Valcourt. Dans le cadre d’une résidence en littérature organisée par l’organisme REDA.
«Écrire ailleurs que dans son espace habituel, c’est très stimulant au niveau créatif. Tu n’as pas de charge mentale. En entrant ici, tout ce que tu as besoin de faire, c’est d’écrire, te doucher et manger», partage Véronique Marcotte, elle aussi auteure, qui encadre cette résidence littéraire en territoire valcourtois.
Il y a 11 ans, une proposition surprenante
Celle-ci explique que tout a commencé il y a 11 ans. Elle travaillait à ce moment avec Louis-Armand Bombardier, descendant du célèbre inventeur et homme d’affaires Joseph-Armand Bombardier. Ce passionné des arts sous toutes ses formes a lancé à Véronique Marcotte une proposition surprenante. «Il m’a demandé ce que je ferais si j’avais accès au Studio B-12, l’ancienne maison familiale qu’il a rachetée. Et qu’il me donnait tous les moyens qu’il faut. J’ai tout de suite répondu : une résidence littéraire!»
Contrairement au stéréotype qui véhicule qu’un auteur ou une autrice peut passer toutes ses journées à écrire sans contrainte, la réalité est tout autre.
«Nous avons nos obligations, comme tout le monde. On doit s’occuper de notre famille, payer nos comptes, faire le ménage, etc. Avoir ainsi la possibilité de vivre un huis clos pour écrire, c’est quelque chose de tellement précieux», dit-elle.

Depuis quatre ans : des séjours assortis de bourses
Après quelques années à proposer des résidences littéraires sur invitation, Véronique Marcotte s’est associée à l’organisme REDA pour offrir ces séjours par le biais d’une démarche formelle. Chaque année, depuis maintenant quatre ans, huit personnes ont ainsi l’opportunité de vivre cette expérience unique.
Les dossiers de candidatures, pour l’édition 2026, devaient parvenir au REDA avant le 9 décembre dernier. Les candidates et candidats retenus sont des autrices et auteurs avec une démarche d’écriture sérieuse. Qui ont un projet en cours et qui souhaitent se servir de la résidence pour le peaufiner. «La résidence littéraire, c’est un lieu de concrétisation d’une pratique déjà établie. Ce n’est pas un lieu de première chance», précise Véronique Marcotte.
Un lieu, trois résidences
Karina Sasseville, directrice du REDA, ajoute que son organisme offre aussi, en plus de la résidence littéraire, une résidence en arts visuels (quatre semaines) ainsi qu’une résidence en musique (4 jours). Tous deux en été.
«Toutes les résidences comportent un volet formation. Où il peut y avoir une classe de maitre, comme c’est le cas en littérature avec le soutien d’Audrée Wilhelmy. Ou encore d’être associé à un mentor, qui est un artiste professionnel plus expérimenté. Ce qui se passe pour les résidences en arts visuels et en musique. Ça permet de parler à quelqu’un d’expérience et de poser des questions. Pour savoir comment orienter son travail, comment le présenter, le diffuser ou le faire connaître davantage. Nos trois résidences misent sur l’exploration et l’expérimentation. C’est un tremplin extraordinaire et une chance inouïe pour les artistes, peu importe la discipline. Nous avons vraiment de belles bourses», expose-t-elle avec enthousiasme.

Un moment en compagnie des auteures
La cohorte de cette année est composée de Sarah Baril-Bergeron, Sonia Bolduc, Marie Boule, Éloïse Demers Pinard, Mylène Fortin, Brigitte Léveillé, Mélissa C Pettigrew et Natalie-Ann Roy. Elles ont généreusement accepté de mettre de côté stylo ou clavier, l’espace de quelques instants. Question de prendre un peu de recul et de partager avec le Val-Ouest ce qu’elles vivaient.

Pour la majorité, ce séjour est une première incursion dans cet espace créatif à Valcourt. Sauf pour l’une, qui était déjà venue sur place pour écrire des chansons.
D’emblée, toutes confirment l’importance, pour elles, de ce temps hors du temps.
«C’est précieux d’avoir du temps pour rentrer doucement dans l’écriture. Alors qu’à la maison, c’est un peu précipité, avec une heure ou deux le matin ou le soir. C’est aéré. Je peux prendre une pause. Il y a plusieurs jours seulement dédié à ça. Avec une certaine lenteur. J’ai l’impression qu’il y a alors quelque chose qui se dépose nécessairement et qui émerge. Parce qu’il y a de l’espace. Je n’avais jamais vécu ça auparavant», rapporte l’une des participantes.
«Nous n’avons pas à nos côtés nos partenaires et nos vies habituelles. C’est le luxe du cadre et du silence. Il n’y a plus de charge mentale. On se fait même appeler lorsque le souper est prêt! Nous sommes gâtées. C’est un énorme cadeau», ajoute une autre.
Les effets positifs se font d’ailleurs sentir
«J’ai avancé davantage en deux jours qu’au cours des derniers mois. Il y a vraiment de la magie, ici. C’est fou», pointe l’une des autrices.

Des solitaires… en communauté
L’activité d’écriture est, en soi, un acte profondément solitaire. Comment ces femmes réagissent-elles de se retrouver ainsi à vivre en proximité les unes des autres, dans une grande maison, à former une communauté éphémère?
«Comme auteure, je ne me rendais pas compte qu’au-delà de la solitude nécessaire pour créer, j’ai aussi besoin de communauté. Je ne me l’étais jamais avouée à moi-même. C’est en le vivant que je le réalise», observe une des participantes.
Une autre ajoute : «Dans une communauté comme celle-ci, on comprend profondément nos bulles et notre solitude. Davantage que si nous étions avec des gens qui n’écrivent pas. Ça nous permet de vivre des silences et des conversations que nous n’aurions pas ailleurs.»
L’une des résidentes se dit d’ailleurs surprise de constater les bienfaits d’un tel espace.
«Cette idée de la solitude de l’auteure est très ancrée dans ma tête. L’idée de me retrouver avec un paquet de monde pour écrire ne m’était donc jamais venue. Et aujourd’hui, je me rends compte de la richesse.»
«On va pouvoir se lire»
Lors de l’entrevue, certaines anticipaient déjà la fin du séjour.
«Je pensais que six jours, ce serait long. Mais finalement, j’aurais pris une semaine de plus. Ça prend un certain temps à se connaitre, parce que nous sommes des êtres de solitude. C’est dur d’entrer en contact et d’échanger pour vrai, au-delà de la superficialité. Lorsqu’on repartira vendredi, on aura à peine commencé. Ce qui me réjouit, c’est qu’après la résidence, on va pouvoir se lire.»
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