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Vous n’allez pas me croire, mais au début des années 40, le père Noël s’appelait Santa Klaus. Saint-Nicolas, en français, avait été traduit par Santa Klaus. En tout cas, dans ma famille, en ce temps-là, mon père parlait toujours de Santa Klaus. Ce n’est que vers 1930 que Coca-Cola a transformé le Santa-Klaus en père Noël. Et comme les nouvelles voyageaient lentement et que nous étions trop pauvres pour avoir des cadeaux, notre cheminée n’a jamais servi au père Noël.

Faut dire que, dans notre milieu du Bas-Saint-Laurent, et peut-être aussi partout ailleurs au Québec, la fête de Noël n’avait pas la même importance qu’aujourd’hui. Le Jour de l’An occupait beaucoup plus d’espace. Les grandes fêtes de famille se tenaient au Jour de l’An. La plupart du temps chez les grands-parents. J’étais l’aîné et je descendais avec mon père chez le grand-père Michaud à L’Isle-Verte. Après la grand-messe, pour diner. Nous remontions à la maison après le repas. Puis mon père repartait souper à Saint-Paul-de-la-Croix avec ma mère et mon frère, le deuxième enfant. Cette fois chez mon grand-père Caron. Souvent aussi avec le bébé, car il y en avait presque toujours un. C’est moi qui gardais les petits. J’ai commencé très jeune à garder.

Pour Noël, c’était bien différent, bien plus simple. Vers huit heures, nous partions pour la messe de minuit, au village. Mon père, mon frère et moi. En « barlot ». Une belle voiture trainante, décorée, clochettes multiples, avec une couverture de carriole en peau d’ourse. Puisqu’il fallait bien dételer, mon père avait une place réservée pour son cheval chez le « bonhomme Bébé ».

Puis nous nous rendions au magasin général. Noir de monde, évidemment. Tous des hommes. Tables à cartes, fumée de pipe et de cigarettes, rires et débats respectueux. Nous, nous regardions avec admiration la vitrine avec son étalage de jouets : toupies, camions, etc. À défaut de les prendre dans nos mains, nous remplissions nos yeux.

À minuit, nous nous rendions à l’église. Avant la messe, le Minuit chrétien était chanté par un ténor à la voix grandiloquente, mais mal assurée. Puis, le moment le plus attendu: l’Enfant Jésus fait le tour de l’église, porté sur des épaules et déposé dans la paille de la crèche. Entouré du bœuf et de l’âne. Les rois mages n’étaient pas arrivés. Moment très émouvant, car nous pensions que le petit Jésus était vivant.

Puis, la messe. Les messes. Car il y en avait trois. La première, grand-messe chantée avec long sermon. La deuxième, basse messe comme on l’appelait, sans chant et plus courte. Une troisième messe sera chantée dans l’avant-midi. La foule sera moins nombreuse, évidemment. Nous sortions de l’église vers les deux heures du matin. L’Enfant Jésus devait dormir. Nous, nous n’en menions pas large.

Retour à la maison. Je n’ai pas de souvenirs, mais nous devions apprécier le beau temps et la pleine lune. Je me souviens quand même de traineaux renversés dans les bancs de neige.

En arrivant à la maison, mon père allait dételer le cheval et nous allions nous coucher. La maisonnée dormait. Tous les enfants avaient accroché un de leurs bas de laine sur un mur et, au lever, ma mère y avait déposé une orange, des peanuts et des bonbons. Une année, quand j’étais plus grand, j’avais accroché un bas de hockey. Ma mère l’avait rempli de patates.

Nous ne recevions pas de cadeaux, Santa Klaus n’avait pas notre adresse. Ma mère avait cependant fait venir un casse-tête par le catalogue de Dupuis&Frères. Tous les enfants, nous le montions ensemble sur la grande table pendant l’avant-midi.

Dans l’après-midi, nous allions glisser sur la neige, avec les autres enfants des voisins. Avec nos petits traîneaux à lisses de fer.

Mon étincelle : Vous savez que les gens sont en communauté quand ils chantent ensemble.

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