L’ajout de mégawatts éoliens au réseau électrique québécois vient largement du secteur privé et coûte des milliards de dollars aux clients d’Hydro-Québec, statue l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) dans une étude publiée cette semaine. Dans son bilan résumant les 25 ans de la filière, le chercheur Noël Fagoaga constate que la société d’État est bel et bien engagée dans la « dénationalisation » de sa production d’électricité.
Près de 5 % de la production totale d’électricité au Québec dépend aujourd’hui du vent qui souffle dans les pales d’éoliennes. Ce plus récent ajout à la production énergétique québécoise vient en majeure partie au secteur privé, observe l’IREC dans son « état des lieux » de cette filière.
Privilégier l’entreprise privée au détriment de la compétence « interne » chez Hydro-Québec entraîne un manque à gagner important pour l’État québécois. En 25 ans, les profits pour les investisseurs dans la filière éolienne sont estimés à entre 0,9 et 1,7 milliard de dollars.
« Les revenus qu’on aurait de ces projets-là, plutôt que ça rentre chez Hydro-Québec, on les privatise. Et là, ce sont les municipalités qui ont commencé à investir dans ces parcs éoliens pour aller chercher des revenus », résume en entrevue M. Fagoaga. « Les villes doivent souvent s’endetter pour pouvoir investir. »
Avec les années, Québec a modifié ses lois pour permettre aux municipalités d’investir elles-mêmes dans les projets sur leur territoire. Actuellement, quelque 10 % du parc d’éoliennes sont détenus par des municipalités. Hydro-Québec a aussi commencé à investir timidement dans quelques projets, de même que des communautés autochtones. N’empêche, le secteur privé détient toujours 72 % de la production énergétique éolienne du Québec.
Ces investisseurs privés proviennent d’ « un peu partout » dans le monde, pointe Noël Fagoaga. « Il y a des partenaires français, des partenaires espagnols. C’est un très beau produit financier, les éoliennes du Québec. C’est très intéressant d’investir quand on a Hydro-Québec qui s’engage à acheter toute la production sur un horizon de 20 ans. »
Une privatisation qui coûte cher
Tout au début de la création des parcs éoliens au Québec, on misait surtout sur le « développement régional », souligne l’étude. Hydro-Québec nageait alors dans les surplus d’électricité et l’on tentait plutôt de favoriser l’investissement en région. Cette approche a permis d’attirer dans l’est du Québec des industriels comme Marmen, à Matane, ou LM WindPower, à Gaspé.
Ce modèle s’est finalement avéré coûteux pour la société québécoise, puisque cette décision a provoqué « des surcoûts » pour les consommateurs d’Hydro-Québec. Puisque la société d’État s’est engagée par contrat à acheter toute l’électricité produite par les parcs éoliens privés, ceux-ci tournent à plein régime, même lorsque la demande (et le prix) est faible. « Ils cherchent du rendement », souligne M. Fagoaga.
Hydro-Québec achète donc régulièrement — et au plein prix — une énergie qu’elle facture moins cher aux consommateurs. Résultat : Hydro-Québec doit assumer des pertes totales chiffrées à plusieurs milliards de dollars. L’IREC estime que plus de 7 milliards de dollars de deniers publics ont indirectement subventionné les promoteurs d’éoliens.
Faute de données à jour, cette facture exclut les montants versés par Hydro-Québec depuis 2021. « Ça fait quatre ans qu’on n’a pas pu calculer », avance le chercheur de l’IREC. « Plus les années avancent, plus on sature le réseau, et plus ça coûte cher. »
Depuis quelques années, le modèle québécois de la filière éolienne s’est tourné vers les « partenariats public-privé » avec pour objectif la « production d’énergie ». Les municipalités ont ainsi commencé à engranger quelques bénéfices. C’est sur cette base qu’un premier parc éolien communautaire a vu le jour en Montérégie, le parc éolien Pierre-De Saurel.
« Le nouveau prétexte, c’est la transition énergétique », explique le chercheur. « Sauf que dans cette réduction de notre consommation d’hydrocarbures, ce sont les municipalités qui sont au front.»
Cette « dénationalisation » de la production énergétique au Québec « est un choix politique », commente-t-il enfin.
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.













1 commentaire
Micheline Jeanson
ENFIN que bon reportage instructif révélateur!! Mais que pouvons nous faire! Ci-propriétaire d’une petite ferme agricole nous sommes ciblés et n’en voulons absolument pas!! Ce serait un massacre!!
Et comme peuple quand allons nous SE lever et s’opposer sans commentaire! On en veut pas! C’est une richesse collective GAGNÉE par un homme tellement intelligent et engagé:René Lévesque!!!
Mobilisation SVP!!
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