Pôvre démocratie
Les élections municipales sont derrière nous. Le peuple a parlé ! Mais de quel peuple s’agit-il ? À chaque nouvelle élection, la question se pose. Les personnes figurant sur une liste électorale ne vont pas toutes voter, pour toutes sortes de raisons. La ville de Longueuil en est un exemple frappant. La mairesse a obtenu 89 % des votes exprimés qui ne représentaient toutefois que 33 % des personnes inscrites sur la liste électorale. Certes, il s’agit d’un cas limite, un candidat à la mairie s’étant présenté à la dernière minute pour éviter l’élection par acclamation qui semblait acquise. Pour l’ensemble du Québec, le pourcentage des votes exprimés a tout de même varié entre 31 % et 51 %, la moyenne se situant près de 40 %. C’est moins de la moitié des personnes habilitées à voter.
Intrigant, si ce n’est inquiétant, cet état de fait alors qu’il s’agit du niveau de gouvernance le plus rapproché de la population. Mince consolation, le taux de votation n’est guère plus reluisant en Ontario, alors qu’on y dénombre près de trois fois moins de municipalités qu’au Québec pour une population pratiquement deux fois plus importante. Alors, autant garder nos centres de décision plus près de la population, le rôle des MRC venant compenser en partie les limites de cette dispersion. Reste à voir si le coût associé à ce jumelage administratif est trop élevé ou son fonctionnement trop lourd.
Lawrenceville ne fait pas exception bien que se situant dans la moyenne supérieure avec un pourcentage de vote exprimé de 48 %, soit 252 personnes sur les 521 figurant sur la liste électorale. Quatre postes de conseiller ont été pourvus par acclamation, tandis que deux autres, de même que celui de maire, l’ont été par la tenue d’un scrutin. Le nouveau maire a obtenu 179 votes et les deux conseillers élus, respectivement 154 et 164 votes. C’est dire que sur la possibilité théorique, mais improbable, d’obtenir 521 votes, le maximum obtenu a été de 179. C’est donc 34 % des personnes aptes à voter qui ont décidé de l’issue de l’élection. C’est relativement peu. Le modèle démocratique de gouvernance ne serait-il pas un peu trop tenu pour acquis ? Et si oui, à quoi bon un tel régime si c’est pour regarder passer le train ? La formule démocratique aurait-elle atteint ses limites ? Bonne question. Trump jubilerait ! Zut et rezut. Je m’étais pourtant juré l’oublier celui-là…
La démocratie est une bien lourde mécanique. Même si les motifs de certains nous semblent trop souvent discutables, la grande majorité des élus et des candidats défaits méritent notre reconnaissance tout comme ceux qui se sont donné la peine d’aller voter.
Enfin novembre
C’est bien la première fois que je me réjouis de l’arrivée du mois de la pluie, du froid, des fleurs fanées, des feuilles tombées, des jours écourtés, de l’heure reculée, du soleil effacé, du chandail endossé, des gants égarés, de la pelle retrouvée et des pneus à changer… Oui, mais c’est aussi comme un arrêt sur image.
Aussi loin que je recule, la fin octobre marque une pause. Arrêt des travaux forcés. Des tâches à terminer avant le gel, qu’elles soient occasionnelles ou qu’elles s’inscrivent dans la litanie des rituels saisonniers. C’est une date butoir. Il y a avant le gel et il y a l’hiver ! Novembre est comme un entre deux. Une période sans attrait particulier, une page à tourner en attendant les festivités de Noël. Le mois où se remémorer les morts voudrait la tradition. Rien de bien réjouissant. Qu’importe.
Comme chaque année depuis des lustres, octobre marque la fin de notre production de compote de pommes. C’est devenu une tradition. Une savoureuse tradition. Le hasard a voulu que quatre pommiers de notre verger rivalisent de prouesses pour produire les meilleures pommes à compote. Leur écorce et leur tête ébouriffée trahissent aussi bien leur âge que notre négligence à en faire des modèles. Il faut bien dire qu’ils étaient là avant nous. Ce n’est pas vraiment une excuse, mais ça explique en partie leur allure décontractée, voire insouciante. Fort heureusement, leur productivité ne semble en rien affectée, au grand plaisir de quelques chevreuils aventureux qui se régalent des fruits tombés, mais surtout du nôtre, bien sûr.
J’en reviens à la compote. Elle est irrésistible. Rien à voir avec ce que l’on peut trouver dans nos épiceries, cette purée verdâtre, sans attrait, sans saveur. Notre compote, je devrais plutôt dire celle de ma douce, est sans pareille. Elle est d’un séduisant rose pâle, d’un alléchant parfum, d’une délicate onctuosité et d’une inoubliable saveur. Rien à voir avec la piètre qualité des compotes de l’industrie. Cette année, la production a connu un bond inespéré. 85 pots. À raison d’un par semaine, nous pourrons égayer nos petits-déjeuners jusqu’à octobre 2026. J’en salive juste à y penser !















1 commentaire
Renelle Jeanson
Le mois de novembre, c’est le moment privilégié pour se recentrer et profiter de la chaleur du foyer.
La compote de pommes fait aussi partie de notre rituel familial. On se rassemble pour en faire qques 150 pots et on en refait pour les offrir en cadeau, cadeaux toujours très appréciés. Merci mère nature.
C’est un privilège de vous lire M. Michel. À la prochaine!
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