Le Val-Ouest

Fusionner le corps et la nature dans des performances d’art à Melbourne

L’artiste Sylvie Michaud, domiciliée au Canton de Melbourne, déploiera, au cours des prochains mois, un projet de performance artistique intitulé Corps-Matière. Il présentera la fusion du corps à la nature au fil des saisons. Une œuvre qui a récemment obtenu un financement du Conseil des arts et des lettres du Québec.

« C’est un projet collaboratif de deux artistes : Véronique Hamel, de Sherbrooke, et moi », explique d’emblée Sylvie Michaud. « Nous voulons faire une performance artistique sans public. Ce qui est rare. Pour en tirer des vidéos qui seront ensuite présentées pour diffusion. »

Les artistes Sylvie Michaud du Canton de Melbourne (gauche) et Véronique Hamel de Sherbrooke (droite) ont choisi de collaborer ensemble pour présenter un projet de performance artistique intitulé «Corps-Matière».  (photos : gracieuseté)

Des performances sans spectateurs

Pourquoi créer des performances sans l’œil de spectateurs? « Ça nous permettra d’explorer une intimité avec la nature. Nous voulons presque disparaître. Se fondre dans le paysage pour qu’on ne puisse plus reconnaître l’être humain. Que notre corps devienne de la matière comme de la mousse, de l’eau, des branches et ainsi de suite. Notre visage n’apparaîtra pas dans les vidéos. Parce qu’on veut essayer d’estomper l’ego. »

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L’humain est trop « loud »

Ce projet est en continuité avec la pratique artistique de Sylvie Michaud.

« Je trouve que l’humain est omniprésent sur la planète et très « loud ». On entend que lui et on ne voit que lui. Ma pratique artistique va dans le sens contraire. J’essaie de m’estomper un petit peu pour laisser de la place au reste. D’essayer de trouver une harmonie et un respect entre les espèces animales, végétales et minérales. »

La vidéaste de Valcourt Mélodie Béland captera ces images en nature. La photographe sherbrookoise Jessica Renaud prendra quant à elle des photos. « Ce que nous voulons, c’est d’obtenir beaucoup de matière pour un corpus qui servira à des expositions futures. »

L’artiste estrienne Camila Vásquez offrira quant à elle du coaching de performance à Véronique Hamel et Sylvie Michaud, avant chacun des tournages.

Une œuvre déployée au fil des saisons

Le premier tournage en nature aura lieu à la fin mai pour profiter du printemps. Mais l’ensemble du projet se déroulera sur plusieurs mois. « Nous voulons effectuer ce travail sur une année complète, dans toutes les saisons. »

Exemple d’une expérimentation photographique où le corps s’estompe au sein de la nature, comme dans la future oeuvre «Corps-Matière».  (crédit photo : Sylvie Michaud)

Présentation publique dans quelques mois

Le matériel sera présenté lors d’un événement public organisé vers la fin de 2024 ou au début de 2025. Possiblement au Centre de ski de fond Richmond-Melbourne. « Un de nos grands objectifs est de faire connaître l’oeuvre à un public plus large. Souvent, ce type de performance est vu et s’adresse à des artistes. Très peu au public en général. Nous souhaitons rendre ça plus accessible. Le présenter aux gens de la région. À nos voisins, dans le fond! », fait savoir Sylvie Michaud.

Sylvie Michaud et Véronique Hamel iront s’immerger dans la forêt du Centre de ski de fond Richmond-Melbourne. Le lieu servira peut-être aussi pour accueillir le public lors de la diffusion de l’oeuvre à la fin 2024 ou au début 2025.  (crédit photo : Sarah A.)

Performances en nature à Melbourne

Le Centre de ski de fond est d’ailleurs l’un des endroits où auront lieu les tournages en nature. Les propriétaires de la ferme l’Agneau Maraîcher, à Melbourne, ont aussi gracieusement permis l’accessibilité à leur terre.

Les propriétaires de la ferme L’Agneau Maraîcher, à Melbourne, ont généreusement donné accès à leur propriété aux deux artistes.  (crédit photo : L’Agneau Maraîcher)

« Je suis née avec la toundra dans ma cour »

Native de la Haute-Côte-Nord, Sylvie Michaud vit un rapport de proximité avec la nature. « Je suis née avec la toundra dans ma cour. J’ai passé mon enfance à jouer dans le bois. Je dis souvent que mes amis, c’était les écureuils.»

« J’ai besoin de vert pour ma survie »

Une vie qui l’a par la suite mené vers des grands centres urbains pour étudier, travailler et fonder une famille. « J’étouffais en ville. À la première occasion, j’allais faire du camping sauvage. J’ai besoin de vert. C’est nécessaire à ma santé mentale et à ma survie. »

Pendant la pandémie, cette gestionnaire au Cirque du Soleil perd son emploi. Elle y voit alors une opportunité : celle d’aller vivre à la campagne à Melbourne, en Estrie. « J’ai pu faire ce que j’attendais depuis 10 ans. Heureusement, mon conjoint peut se permettre de travailler à distance. »

« Tôt le matin, je vois ce que peu de gens voient »

Grande coureuse, elle parcourt tôt le matin les sentiers et les rangs de campagne. Témoin de la vie sauvage qui y foisonne encore. « Je suis chanceuse parce que je vois et j’entends ce que très peu de gens voient et entendent. Les animaux qui sont actifs. Certains qui vont boire au ruisseau. C’est magnifique! »

Faire « ce que je veux » plutôt que « ce qu’il faut »

Ce changement de vie lui a aussi permis de reconnecter avec sa créativité, qui l’habite depuis toujours. « J’ai décidé d’arrêter de faire « ce qu’il faut » dans la vie. Pour faire « ce que je veux » dans la vie. Je suis donc retournée à l’université faire un certificat en arts visuels à l’Université de Sherbrooke. J’ai ensuite débuté un microprogramme en arts et technologies, que je termine bientôt. »

Sylvie Michaud lors de la présentation de son projet «Safe and Sound» qui visait à créer un équilibre du paysage sonore qui est trop souvent envahi par les bruits générés par les humains.  (crédit photo : Vicky Chainey-Gagnon et Simon Gauthier-Brulotte)

« Je suis vieille, mais je suis une artiste émergente »

Après l’obtention de son certificat, en 2022, elle expose pour la première fois des œuvres à la Maison des arts et de la culture de Brompton. Lançant ainsi son parcours d’artiste. « Je suis vieille, mais je suis une artiste émergente! », lance-t-elle en riant.

Elle est fière du chemin parcouru jusqu’à maintenant. « Les choses se passent bien pour moi. Je fais enfin ce que j’étais supposée faire. »

 

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SÉRIE D’ARTICLES – À LA DÉCOUVERTE D’ARTISTES DE LA RÉGION

Le Conseil des arts et des lettres du Québec et ses partenaires ont sélectionné 36 projets artistiques de l’Estrie qui sont financés en 2024.

Parmi ceux-ci, trois sont en provenance de la MRC du Val-Saint-François. Le Val-Ouest vous les fait découvrir dans une série de trois articles :

1 – Une artiste de Saint-Denis-de-Brompton illustre un roman avec des dessins d’enfants
2 – Fusionner le corps et la nature dans des performances d’art à Melbourne
3 – Empreintes, de l’art performatif dans la forêt à Racine

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La plus grande galerie d’art au Québec ouvrira ses portes à Melbourne (mai 2024)

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