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Lors du dernier gala des prix Gémeaux, Florence Longpré a profité de ses remerciements pour parler d’empathie, titre de sa série largement récompensée. « Je nous souhaite que notre prochain gouvernement, car nous allons être appelés à voter, ait de l’empathie pour nous, de l’empathie de ceux de qui ils devront prendre soin, car le pouvoir ne consiste pas à dominer, mais à servir. Je nous souhaite qu’ils aient de l’empathie pour cette planète et cette terre, avec qui nous partageons cette étrange aventure qu’est la vie. Je nous souhaite qu’ils comprennent que la seule immigration qu’on ne contrôle pas, qui vole nos jobs et qui fait peur, c’est l’intelligence artificielle », a-t-elle déclaré.

Dans un moment où l’on s’attend habituellement à entendre défiler les noms des artisans d’une production, elle a rappelé quelque chose de plus vaste : le rôle de la fiction, de la culture et de l’écoute dans notre capacité à nous mettre à la place des autres. Son intervention a largement circulé, sans doute parce qu’elle nommait avec des mots simples un besoin d’actualité.

Nous sommes en campagne électorale. Le 5 octobre, le Québec choisira son prochain gouvernement, et tout indique que la course sera serrée. Son appel nous offre peut-être une bonne boussole pour traverser les prochaines semaines : aller voter, bien sûr, mais aller voter avec empathie.

Bien sûr, tout le monde ne peut pas penser de la même manière. Nous n’avons ni les mêmes expériences, ni les mêmes priorités, ni la même confiance envers l’État. Certains souhaitent qu’il intervienne davantage; d’autres veulent qu’il prenne moins de place. Ces désaccords sont politiquement légitimes. Voter avec empathie ne signifie pas renoncer à ses questionnements.

Sur l’environnement, par exemple, l’empathie nous invite à regarder au-delà de notre prochaine facture d’essence ou de notre prochain déplacement. Elle nous pousse à penser aux jeunes qui vivront avec les conséquences des décisions prises aujourd’hui, aux agriculteurs confrontés aux dérèglements du climat, aux municipalités qui doivent adapter leurs infrastructures et aux communautés qui ont besoin de solutions de transport réalistes. La transition écologique ne réussira pas contre les gens; elle devra se faire avec eux.

En éducation, elle nous demande de voir derrière les statistiques : l’enfant qui attend du soutien, l’enseignante épuisée, le professionnel débordé, l’étudiante qui hésite à poursuivre faute de moyens. Une école forte ne sert pas seulement les familles qui la fréquentent aujourd’hui. Elle prépare la société dans laquelle nous vivrons demain. Investir en éducation, c’est faire le pari patient que chaque personne mérite une véritable chance de comprendre le monde et d’y prendre sa place.

La répartition des richesses pose la même question. Dans une société aussi prospère que la nôtre, jusqu’où acceptons-nous que certains vivent dans l’abondance pendant que d’autres calculent chaque repas, chaque loyer, chaque médicament? L’empathie ne commande pas une formule économique unique. Elle oblige toutefois à reconnaître que la dignité ne devrait pas dépendre du quartier où l’on naît, de la maladie qui nous frappe ou de la solidité de notre réseau familial.

En santé, voter avec empathie, c’est se souvenir que le système public n’est pas une abstraction. C’est la personne âgée qui attend des soins à domicile, le patient sans médecin de famille, la travailleuse qui reporte une consultation parce qu’elle ne peut perdre une journée de salaire, mais aussi le personnel qui tient le réseau à bout de bras. Préserver la santé publique, ce n’est pas nier ses lourdeurs ni ses échecs. C’est refuser que l’accès aux soins devienne proportionnel à la capacité de payer.

Il existe bien sûr des abus, des programmes imparfaits et des institutions à corriger. On peut en débattre franchement. Mais lorsque chaque difficulté se transforme en accusation sans fondement : un voisin profite du système, un nouvel arrivant prend notre place ou qu’une personne vulnérable nous vole quelque chose, la peur finit par remplacer la raison. Le chacun-pour-soi promet parfois des réponses simples et rapides. Il construit rarement des solutions durables. Celles-ci naissent plutôt des liens, de la responsabilité partagée et de l’engagement.

L’empathie n’est ni de la naïveté ni une consigne partisane. Elle n’interdit pas la prudence ou la critique. Elle nous demande simplement de ne pas réduire les autres à des caricatures : les « profiteurs », les « privilégiés », les « paresseux », les « déconnectés ». Elle nous rappelle que derrière les slogans, les budgets et les promesses, il y a des vies qui ne ressemblent pas toujours à la nôtre.

Le 5 octobre, le résultat risque de se jouer de près. Alors, allons voter. Votons selon nos valeurs, nos priorités et notre lecture du Québec, mais faisons une place, dans l’isoloir, à celles et ceux que nous ne connaissons pas. Pensons aux enfants qui grandiront ici, aux malades qui attendent, aux personnes qui travaillent sans parvenir à joindre les deux bouts et à celles qui viendront après nous. Tout le monde ne peut pas voter de la même manière. Mais tout le monde peut voter avec empathie. Florence présidente? Peut-être pas. Florence comme rappel à nos consciences, c’est possible!

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