
Une neige fine tombe lentement, tout doucement, pour n’effrayer personne, simplement nous envelopper de sa beauté. Moi qui appréhendais sa venue, je la reçois comme une consolante caresse. Je la laisserai couvrir marches et sentiers, blanchir prairies et pâturages, alourdir arbres et forêts. Sa blancheur vaporeuse s’est emparée de l’horizon comme un drapeau blanc imposant sa paix. J’attendrai avant de prendre ma pelle pour ne rien abimer de cette œuvre.
Je vais un peu mieux. Je vais un peu mieux parce que j’en ai décidé ainsi. M’en remettre à moi-même. Je viens de comprendre qu’il n’y a rien à faire d’autre. C’est le chaos tous azimuts. J’ai beau essayer de me convaincre que l’état du Monde n’est pas vraiment différent de ce qu’il a toujours été, je n’y arrive pas. Aussi loin que je recule, je n’ai pas souvenir d’une époque aux remises en question aussi diversifiées et universelles dont les issues aient été à ce point imprévisibles. Tout y passe. L’équilibre politique international, l’économie mondiale aussi bien que locale, la religion, le sexe, les connaissances, le partage des richesses, le réchauffement climatique, l’exploitation des ressources naturelles, l’exploration de l’espace, la pollution satellitaire, les valeurs individuelles et collectives, la diffusion des savoirs, l’affaiblissement de la notion de vérité, l’émergence de l’intelligence artificielle, etc.
Trump est celui qui a ouvert les vannes des remises en question tous azimuts. Mais il n’est que la pointe de l’iceberg. Il y a aussi les Poutine, Xi Jinping, Narendra Modi, Kim Jong-un, Benyamin Netanyahu de ce monde qui se comportent en potentats despotiques jamais repus, assoiffés de richesses et de pouvoirs. Nous avons la chance d’échapper à pareilles organisations politiques, mais en essuyons de plus en plus les répercussions.
Tarifs douaniers aidants Mark Carney, ce grand financier devenu notre premier ministre, ne semble pas être le chevalier attendu, sans peur et sans reproche. Ferait-il des pas en arrière pour mieux sauter dans l’arène politique internationale ? Rien n’est moins sûr ! Pour l’heure, il n’a pas tardé à défaire ce que Steven Guilbeault, le militant écologiste devenu ministre, avait mis des années à construire pour que le pays aide un peu la planète.
Je ne compte plus mes chroniques. Je ne les relis pas non plus ! Je réalise toutefois comment le climat politique mondial y refait régulièrement surface depuis quelque temps. Difficile d’en faire abstraction, mais vient un moment où je sature. J’ai besoin de passer à autre chose, de penser à autre chose. Je me console en réalisant que je ne suis pas le seul à être envahi par la question. Mince consolation. La période des Fêtes me distrait à peine malgré son déluge d’aubaines à ne pas manquer, trop belles pour être vraiment vraies.
Pour m’évader de ce marasme intérieur, j’ai pensé faire contrepoids en imaginant des boules de Noël porteuses de petits et grands bonheurs et de petits et grands espoirs. Mon sapin sera virtuel. Je pourrai le garder dans ma poche et le sortir au besoin. Ma première boule, c’est ma douce. C’est un baume sur une plaie qu’avait ouverte le décès de ma conjointe d’alors après une trop longue maladie. L’expérience de la perte de son conjoint dans des circonstances analogues crée entre nous une complicité et une communion de pensée au cœur de notre amour. Ma deuxième, c’est ma grande. Elle est une partie de moi-même. Je me sens et me sais vivre à travers elle. Et elle me le rend bien. Ma troisième, ma grande sœur. J’ai une profonde affection pour elle, qui a été et restera toujours ma grande sœur. Ma quatrième, nos conditions de vie, entendues au sens politique. Comme nation, nous avons l’insigne avantage de baigner dans un climat de paix, un cadeau du ciel. Ma cinquième, nos conditions de vie, entendues au sens matériel, qui nous placent parmi les mieux servis par les hasards de la prolifération humaine sur notre boule verte et bleue1. Et au pied de mon arbre, bien emballé dans un papier or, une pilule mémoire que j’avalerai un soir de pleine lune pour revisiter mes plus beaux souvenirs et ressusciter mon fils une nouvelle fois.
M’en remettre à moi-même et à tous ceux de ma race, toutes nationalités confondues. Le pendule des comportements humains finira bien par retrouver un peu de sa raison. Au train où vont les choses, je crains fort de ne pas vivre assez vieux pour en être témoin. C’est une autre occasion qui m’est offerte de prendre la mesure de mon importance dans l’évolution de l’espèce humaine. Ce qui ne doit surtout pas m’empêcher d’enfiler bottes et manteau d’hiver pour aller pelleter cette blanche (et foutue !) neige, tout envoutante soit-elle !
Sur ce, Bon Noël et Joyeuses Fêtes !
1 Le salaire mensuel moyen des citoyens en 2023 plaçait le Canada entre le 7e et le 10e rang au monde.















1 commentaire
Diane Guimont
Un beau Noël tout doux et tout blanc M. Carbonneau!
Encore et toujours, vos propos m’inspirent…
Chez-nous on appelait ces boules « compter nos bénédictions ». Si vous me le permettez, j’en ajouterai une à votre collection si inspirante… celle de la grâce de pouvoir les contempler.
Merci pour ce doux rappel aux choses essentielles,
Que j’aime vous lire!
Diane
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