Prendre l’autobus dans le Val-Saint-François deviendra une option davantage accessible à partir de l’automne 2027. C’est l’ambitieux objectif que se donne Trans-Appel, l’organisme responsable du transport collectif et adapté dans la MRC. Pour y arriver, l’organisme fusionnera d’ici quelques mois avec son homologue de la MRC voisine, le Service de transport collectif (STC) des Sources. On souhaite impliquer la population dans ces changements par le biais d’un sondage.
Au cours des derniers jours, les résidentes et résidents du Val ont ainsi commencé à recevoir, par la poste, un carton les invitant à participer à cette consultation en ligne. Les citoyennes et citoyens doivent y répondre d’ici le 1er août 2026.
«L’objectif du sondage est de comprendre les besoins des gens. Nous voulons qu’ils puissent s’exprimer sur leurs déplacements. Par exemple, les heures où ils souhaitent prendre l’autobus, les destinations et les motifs. Que ce soit à l’intérieur de la MRC ou vers Sherbrooke. C’est primordial pour nous de comprendre les attentes des gens pour leur offrir ce qu’ils veulent», explique Denis Verreault, directeur général de Trans-Appel.
Trans-Appel souhaite aussi rejoindre les personnes qui ne seraient pas en mesure de compléter le sondage en ligne. Des copies papier sont disponibles dans tous les bureaux municipaux ainsi que dans certaines résidences pour aînés du Val-Saint-François.
De même, l’organisme devrait collaborer avec les chambres de commerce et consulter certaines entreprises de la région, plus tard cet automne.

Les nouveaux circuits d’autobus devraient être effectifs à la fin de l’été 2027, juste à temps pour la rentrée des classes. Ces dessertes tiendront compte des besoins exprimés dans le sondage.
Denis Verreault aimerait, dès janvier ou février 2027, annoncer ces trajets. Pour permettre aux étudiantes et étudiants qui se déplacent vers Sherbrooke de décider à l’avance s’ils voudront prendre l’autobus et peut-être ainsi éviter l’achat d’une voiture ou la location d’un appartement.

En janvier, un nouvel organisme de transport
En plus de planifier les futurs circuits d’autobus, Trans-Appel et le STC des Sources préparent leur regroupement, qui devrait être effectif à compter du 1er janvier 2027. Ils organiseront à cet effet des assemblées générales spéciales à l’automne. Pour le moment, le nom de cette nouvelle entité reste à trouver.
Depuis quelques mois, un comité se penche sur tous les aspects de ce projet, avec le soutien d’aviseurs légaux.
«C’est quand même beaucoup de travail, en plus de la gestion régulière des deux organismes de transport. Mais on travaille très fort et nous respectons nos échéanciers. C’est assez avancé pour que la fusion se fasse bel et bien dans six mois», fait savoir Denis Verreault.
Il souligne que chaque MRC conservera tout de même ses pouvoirs de décision.
«La fusion permettra d’améliorer la gestion en ayant une seule vision de développement du transport collectif et adapté pour les deux territoires. Mais les deux MRC vont quand même rester souveraines quant au financement et à l’influence du développement. Il s’agit d’une mise en commun.»

Une fusion prévue de longue date
L’idée de fusion n’est pas nouvelle. Déjà, fin 2022, lors du départ de Dominic Alexandre, l’ex-directeur de Trans-Appel, les deux MRC s’étaient entendues pour n’embaucher qu’un seul gestionnaire : Denis Verreault.
Celui-ci confie qu’il s’attendait à ce que Trans-Appel et le STC des Sources soient prêts à fusionner après cinq ans plutôt que trois. D’autant que certains élus avaient publiquement partagé leurs résistances vis-à-vis du transport collectif. «Les conseils d’administration ont favorisé cette situation et les maires avaient la volonté politique que la fusion se fasse. Les équipes aux opérations ont aussi appliqué un plan de redressement efficace. Ce qui a rendu ce regroupement possible plus tôt que prévu.»
Une nouvelle taxe pour supporter les coûts et le développement
Cet important chantier s’inscrit dans la foulée de la décision politique, au printemps dernier, par les MRC des Sources, du Val-Saint-François et de Coaticook, d’exiger une taxe annuelle de 35 $ sur l’immatriculation des véhicules de promenade (TIV). Ce qui avait suscité de vives réactions dans le Val.

Dans le Val, cette taxe devrait rapporter environ 783 000 $ l’an prochain. Ce qui permettra de faire face à l’augmentation des coûts de transport depuis la pandémie. On se servira aussi d’une partie de cet argent pour assurer de meilleurs services aux usagers.
Un coup de pouce bien apprécié, compte tenu de la façon dont le gouvernement du Québec supporte le transport en commun, indique Denis Verreault.
«Nous sommes en 2026, et nous n’avons pas encore reçu du gouvernement les sommes allouées au transport collectif pour 2025. Et ce n’est pas nouveau. Chaque automne, je dois présenter aux élus de la région des prévisions budgétaires pour l’année à venir en fonction de programmes qui ne sont pas encore annoncés par le gouvernement. Idéalement, il faudrait plutôt connaitre les intentions de Québec en juin de l’année qui précède l’application d’un programme.»
Désormais, environ 40 % du budget proviendra du gouvernement, alors que c’était jusqu’à maintenant 75 %. Le reste proviendra de la TIV, des contributions municipales et des titres de transport payés par les usagers. Ce qui rendra la gestion plus aisée. «Notre financement et le développement seront davantage prévisibles, puisque nous connaîtrons d’avance une bonne partie des sommes qui nous seront versées.»
Malgré ces fonds additionnels, qui offriront un plus grande marge de manœuvre, Denis Verreault souligne l’importance de poursuivre une gestion rigoureuse des deniers publics.
«Ce n’est pas parce qu’il y a une somme d’argent supplémentaire qu’il faut la dilapider. D’autant que c’est l’argent de tout le monde. Dans toutes les décisions que je prends, c’est tout le temps en pensant aux humains en arrière. Notre objectif, c’est d’offrir le meilleur service au meilleur coût possible. Et d’avoir des conditions de travail décentes pour les employés. Selon les résultats du sondage, nous allons donc nous assurer que les services essentiels de base soient répondus.»
«Je comprends les objections»
Denis Verreault assure bien saisir les résistances de certaines citoyennes et citoyens vis-à-vis de la taxe adoptée en mai dernier.
«Je comprends les objections que les gens ont. C’est vrai que les autobus, actuellement, ne sont pas adéquats pour une personne qui veut se déplacer. Jusqu’à maintenant nous n’étions pas capables de faire davantage que ça dans le Val. Ce n’est pas agréable d’avoir à payer une nouvelle taxe. Mais ces sommes feront une différence pour plusieurs personnes qui en ont besoin.»
Le directeur général se dit persuadé que lorsque les services offerts seront plus efficaces et accessibles, la population sera au rendez-vous. Il en a pour preuve la situation dans la MRC des Sources, où les efforts consacrés au transport collectif ont permis d’augmenter l’achalandage de façon considérable ces dernières années.
«Per capita, la MRC des Sources offre douze fois plus de transport collectif que dans le Val. Nous avons eu, en 2025, une année record en termes de déplacements. Un niveau jamais atteint en 45 ans d’existence. Et ça se poursuit pour 2026. Si on réussissait à faire la même chose dans le Val-Saint-François, ça changerait le visage des transports dans la région.»
Le STC mise aussi sur des publicités pour mieux faire connaître ses services aux citoyens, comme celle-ci :
«Nous voulons prendre le leadership»
L’enjeu principal, constamment remis sur le tapis par les citoyens et les élus, est celui d’assurer un service de transport en commun adéquat sur un vaste territoire (1413 km2) majoritairement rural.
«Selon les résultats du sondage, nous pourrions idéalement offrir, dans chaque village, un pôle de transport. Les gens pourront s’y rendre en voiture, en vélo ou en marchant. Il y aurait des espaces de stationnement. Et à partir de là, les usagers pourraient embarquer dans un service de transport collectif. Même si on ne va pas chercher les gens directement chez eux, il y aurait pour eux une économie énorme à ne pas utiliser leur véhicule.»
Denis Verreault veut profiter de ce souffle de renouveau pour bien positionner les services de son organisation.
«Lorsqu’un citoyen, un organisme ou une entreprise sera confronté à une question de mobilité, nous souhaitons qu’il pense à se retourner vers la nouvelle organisation en transport qui verra le jour. Nous voulons prendre le leadership. Éventuellement, ce ne sera pas seulement des autobus que nous offrirons, mais peut-être aussi du taxi, de l’autopartage ou la location de vélos. Il n’y a pas de limites à ce qu’une organisation pourrait faire pour faciliter et favoriser les déplacements des citoyens», ambitionne-t-il.
Il donne comme exemple la MRC des Sources qui offre actuellement un véhicule électrique en autopartage. «C’est utilisé par les employés de la MRC. Mais je suis en discussion avec LocoMotion [réseau de partage de véhicules] pour que leurs membres puissent l’utiliser le soir et les fins de semaine.»

Denis Verreault se dit toutefois réaliste et ne vise pas ces objectifs à court terme.
«Pour le moment, nous souhaitons amener le Val-Saint-François au même niveau de transport collectif que ce qui se fait dans la MRC des Sources. Parce que cette MRC a environ quatre à cinq ans d’avance au niveau de son développement que ce qui se fait dans le Val. Après, on verra quels développements futurs nous faisons, tout en respectant les budgets.»
Il est persuadé qu’une fois la fusion complétée, et avec une mise en marché adéquate, ce retard pourrait vite être rattrapé.
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