Le contenu de votre bac bleu contient-il bel et bien des matières récupérables? C’est la question à laquelle tente de répondre un duo d’étudiants qui fouillent cet été dans les bacs des citoyennes et citoyens du Val-Saint-François.
Florence Labbé et Simon Vinet travaillent pour le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie et collaborent étroitement avec l’équipe de la MRC du Val-Saint-François. Leur objectif : visiter, pendant la saison estivale, 12 des 18 municipalités que compte le Val* pour jeter un coup d’œil au contenu d’environ 3000 bacs bleus.
«Les gens sont curieux»
«Nous prenons des données sur les habitudes de tri des citoyens de la MRC. On se présente sur place le jour de la collecte et on procède à une inspection en bord de rue, sans entrer sur la propriété des gens. Nous leur laissons ensuite un prospectus pour les sensibiliser», explique Florence Labbé.
Ils transmettent en continu leurs données à la MRC, via une application, ce qui permet une compilation en direct. «C’est vraiment utile et beaucoup moins compliqué pour nous de produire ensuite des rapports pour chacune des municipalités», indique Judith Ellyson, agente de projets en environnement et aménagement du territoire à la MRC du Val-Saint-François.
Comment les propriétaires réagissent-ils lorsqu’ils voient les deux jeunes explorer le contenu de leur bac?
«Nous n’avons eu aucune expérience négative. Les gens sont curieux de ce que nous faisons et ils vont profiter du fait qu’on soit là pour nous poser des questions. On nous remercie de faire ça», confie Florence Labbé.
Le duo apprécie ce travail d’été inusité. «Nous sommes dehors et c’est un peu une marche de plaisir, en même temps. Sauf en milieu rural, où nous devons utiliser un véhicule et s’arrêter à chacun des bacs», exprime Simon Vinet.

Des bouteilles de propane dans le bac bleu
Que retrouvent-ils le plus souvent comme matières non acceptées?
«Des mouchoirs, des essuie-tout, du textile, des objets de la maison, des composantes électroniques, des «bean bags» [coussins géants], etc. Nous retrouvons aussi des objets très étranges comme de grosses valises ou encore un bac de poubelle brisé… mis dans le bac bleu!», rapporte l’étudiant.
Des objets qui, pour la plupart, devraient plutôt se retrouver à l’un des deux écocentres de la région. Ou encore donnés à des organismes de bienfaisance ou à des ressourceries.

Là où l’inhabituel prend une tournure sérieuse, c’est lorsque les deux étudiants trouvent des matières dangereuses dans le bac, comme des bonbonnes de propane. Ce qui pourrait provoquer un incendie voire une explosion. Dans ces cas-là, en plus de retirer ces objets, l’équipe va cogner à la porte pour discuter avec le propriétaire.
Heureusement, rapportent-ils, la majorité des bacs inspectés répondent aux exigences. Le taux de conformité s’élevait à 91 % lors de la tournée estivale 2025.

«On utilise davantage le bac que la poubelle»
Katherine Dubois est conseillère municipale à Richmond et adjointe de direction à la MRC. Elle a généreusement accepté que le contenu des bacs de sa propriété, un duplex, soient scrutés lors de la visite du Val-Ouest.
«La récupération, ça fait partie de ma vie de tous les jours et ça me tient à cœur. Chez nous, on utilise davantage le bac bleu que la poubelle. C’est une belle initiative de pouvoir communiquer aux citoyens des informations importantes comme celles-là.»
C’est maintenant le temps de soulever le couvercle. «Ça s’annonce bien… On voit que la personne a compris le message et on se doute qu’elle aura aussi fait un bon tri pour ce qui se trouve en-dessous», fait savoir à haute voix Simon Vinet, tout en fouillant en compagnie de sa collègue.
Verdict : tout est bon, disent-ils, sauf des assiettes de carton souillées. Qui, selon eux, devraient être disposées dans le bac à compost, compte tenu de leur contamination.
S’ouvre alors un échange au cours duquel les étudiants et l’agente de projets à la MRC ne sont pas certains à 100 % de la réponse. «Je pense que, selon les nouvelles consignes, ça peut quand même aller dans le bac bleu», glisse Judith Ellyson.

Où doivent aller les matières?
Justement, comment savoir si un objet doit bel et bien se retrouver dans le bac de récupération? Les campagnes publicitaires de Bac Impact résument les consignes : les imprimés, les emballages et les contenants (à l’exclusion des consignés) doivent être mis dans le bac. Pour s’y retrouver, on prône d’utiliser le site web de Bac Impact ou encore d’installer une application.
Une première recherche sur le site indique qu’une assiette ou encore une boite de pizza en carton souillé devraient se retrouver dans le bac bleu.

Une seconde recherche, celle-là sur le site web de la Régie de récupération de l’Estrie, spécifie que les cartons souillés doivent se retrouver au compostage et non dans le bac bleu.

«Ça crée vraiment de la confusion»
En fait, la réalité sur le terrain est plus complexe que ne le laissent croire les publicités, nuance Monique Clément, recycologue et conférencière. Jusqu’en janvier dernier, elle assurait les visites guidées chez Récup Estrie, à Sherbrooke, qui traite les matières du Val-Saint-François.
«Actuellement, on annonce publiquement que tous les emballages sont acceptés, qu’ils soient recyclables ou non. Par exemple les emballages multicouches, les sacs de chips, les pellicules en plastique, etc. Mais, dans les faits, ce n’est pas recyclable parce qu’il n’y a pas débouchés pour ces matières. Il faudrait avoir éventuellement de gros volumes pour développer des marchés. En attendant, ces petits emballages, qui sont plus difficiles à détecter, vont contaminer d’autres matières, comme les ballots de papier destinés à être vendus. Plus on accepte des matières comme celles-là, plus c’est difficile pour le centre de tri d’offrir ensuite de la qualité [aux industriels qui achètent les matières]. Ça devient alors difficile voire impossible de vendre des produits.»

Cette situation a fait en sorte que Monique Clément a choisi de ne plus animer de visites.
«Je ne savais plus quoi dire aux gens lors des visites du centre de tri parce que je ne comprends pas cette logique d’accepter les imprimés, les emballages et les contenants sans nuances. Je vais prendre un autre exemple : l’application de Bac Impact mentionne que la pellicule qui est sur les pots de yogourt va dans le bac de récupération. Mais en principe, ça ne devrait pas. Avant, on mettait la pellicule à la poubelle et on mettait le contenant de plastique à la récupération. Ça crée vraiment de la confusion.»

En juin dernier, on a annoncé la construction d’un nouveau centre de tri à Granby, entrainant la fermeture de Récup Estrie en 2027. Ce nouveau centre pourrait offrir des options de tri différentes de Sherbrooke, une hypothèse pour l’instant impossible à confirmer.

«Nous sommes dans une période de transition»
Judith Ellyson refuse de s’avancer sur ces questions, mais rappelle l’utilité de cette tournée régionale, malgré les zones grises.
«Nous sommes encore dans une période de transition où les citoyens ont besoin d’éclaircissements. Je pense que c’est pertinent que des changements soient mis en place à l’échelle du Québec. Et ce, pour que tout monde soit conscientisé.»
* : Liste des municipalités du Val visitées à l’été 2026 : Canton de Valcourt, Saint-Claude, Cleveland, Bonsecours, Sainte-Anne-de-la-Rochelle, Saint-Denis-de-Brompton, Saint-François-Xavier-de-Brompton, Val-Joli, Stoke, Ulverton, Richmond et Kingsbury.
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