photo : Sébastien Michon - Le Val-Ouest
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La fermeture inattendue de la boulangerie Au Cœur du Pain cause actuellement quelques maux de tête aux administratrices et administrateurs du Marché Locavore, à Racine.

L’entreprise, qui avait pignon sur rue à Sherbrooke, louait également à Racine la «Maison du Marché», dont le Marché Locavore est propriétaire. Un lieu stratégique au cœur du secteur agroalimentaire du village de Racine.

Bien que l’événement soit une surprise, le conseil d’administration du Marché affirme qu’il était au courant qu’Au Cœur du Pain songeait à quitter Racine.

«À la mi-avril, les propriétaires nous avaient signifié qu’ils ne renouvelaient pas leur bail pour 2027. Et qu’ils étaient même prêts à se retirer si quelqu’un avait un intérêt pour reprendre les locaux en 2026», indique José Larouche, présidente du conseil d’administration du Marché Locavore.

«Ça nous déstabilise un peu»

À court terme, la coopérative a les mains liées quant à la possibilité d’offrir ou non à d’autres commerces de venir s’installer dans la bâtisse. «C’est le syndic Raymond Chabot qui s’occupe maintenant de ce dossier. Le matériel de l’entreprise est liquidé et les offres doivent être faites avant le 11 juin. Il y aura par la suite une assemblée des créanciers le 12 juin. À ce moment-là, nous saurons un peu plus à quoi nous en tenir. Actuellement, on ne peut pas louer les locaux et il y a beaucoup d’incertitude.»

Au Cœur du Pain doit trois mois de loyer au Marché Locavore. José Larouche n’est pas certaine si le Marché pourra revoir cet argent.

«C’est une grosse faillite et d’autres créanciers ont priorité sur nous. Mais pour une petite coopérative comme la nôtre, ces montants sont significatifs. Ces trois mois de loyer sont prévus dans notre budget. Ça ne met pas en péril notre santé financière, mais ça nous déstabilise un peu.»

propriétaires Au Coeur du Pain
Lewis Judith (au centre de la photo), copropriétaire d’Au Coeur du Pain, lors de la reprise du commerce à Racine, en 2024.  (photo : Alain Bérubé – Le Val-Ouest)

Objectif idéal : une nouvelle boulangerie

La possibilité d’offrir cet été un kiosque extérieur à une autre boulangerie n’est pas exclue, mais pas gagnée d’avance. «Il y a des gens qui nous ont signifié leur intérêt, mais nos contrats pour la saison sont déjà signés. Il reste des possibilités de location de kiosques pour des entreprises qui ne viendraient pas au marché à chaque semaine.»

José Larouche souhaite idéalement qu’une nouvelle boulangerie choisisse elle aussi de s’installer dans le village, même si la possibilité de louer les lieux à un autre type de commerce n’est pas exclue.

«Avoir une boulangerie à Racine est un plus. Non seulement pour le Marché Locavore, mais aussi pour les membres de la Table agroalimentaire de Racine. Par exemple, si un producteur propose des tartinades, il aimerait bien qu’il y ait du pain pour aller avec.»

Nicoleta Postolache (deuxième de la première rangée à partir de la droite), copropriétaire d’Au Coeur du Pain, lors de la création de la Table agroalimentaire de Racine en 2025.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Du pain depuis près de 20 ans à Racine

Depuis son ouverture, en 2008, le Marché Locavore a vu passer plusieurs boulangeries. Dont, entre autres, la défunte Boulangerie artisanale de Lawrenceville. Ce sont d’ailleurs les anciens propriétaires, Youenn Tosser et Johanne Dufresne, qui avaient fait des démarches pour dénicher un nouveau boulanger pour le Marché, avant de se retirer.

«Ils nous avaient présenté le couple Steeve Pinget et Daravanh Kéomanivong, d’Au Cœur du Pain, en nous disant que ce serait des gens capables de travailler dans un esprit coopératif. Et effectivement, le mariage s’est bien fait. Ils ont vendu leur pain dans un kiosque extérieur. Quand la Fromagerie Nouvelle-France a quitté la Maison du Marché, nous leur avons alors offert de louer les locaux vacants. Ils souhaitaient être davantage présents à Racine, estimant que la clientèle de la région serait intéressée.»

Steeve Pinget et Daravanh Kéomanivong ont par la suite vendu leur entreprise, en 2024, à Lewis Judith et Nicoleta Postolache. Ceux-ci ont choisi de poursuivre les activités du commerce racinois.

pain
(photo : archives du Val-Ouest)

Plaintes ces derniers mois

José Larouche confie qu’au cours des derniers mois, le Marché a reçu quelques commentaires de la part de la clientèle concernant Au Cœur du Pain.

«Des personnes se sont plaintes que la boulangerie offrait de moins en moins d’heures d’ouverture et que la gamme de produits diminuait. Cette stratégie de réduire le nombre d’heures a occasionné un désengagement de la communauté. De même, lorsque les gens se déplaçaient et qu’ils constataient qu’il y avait moins de produits sur les tablettes, certains se tournaient vers d’autres commerces.»

Celle-ci a transmis ces commentaires au commerçant.

«Les nouveaux propriétaires d’Au Cœur du Pain étaient des entrepreneurs, mais ils ne provenaient pas du domaine agroalimentaire. Ils avaient donc à gérer un type de commerce qui était une réalité nouvelle pour eux. C’était important pour nous de les appuyer et de laisser la chance au coureur.»

Elle se dit d’ailleurs consciente que certaines périodes de l’année peuvent être moins propices à la vente de produits au sein d’un village comme Racine. «Dans notre bail, il y a des clauses qui offrent la possibilité de garder le local fermé en janvier et février, si le locataire le souhaite.»

José Larouche
José Larouche, présidente du conseil d’administration du Marché Locavore.  (photo : MRC du Val-Saint-François)

«Il ne s’agit pas seulement de transactions financières»

José Larouche comprend la réalité de ces entrepreneurs qui devaient faire rouler les commerces de Sherbrooke et de Racine. Elle croit que ces objectifs financiers pouvaient toutefois être légèrement en décalage vis-à-vis de la philosophie de la coopérative.

«Il y avait là pour eux des opportunités de ventes intéressantes. Par contre, ils avaient peut-être moins compris qu’à Racine, dans le contexte du Marché Locavore, l’entrepreneuriat se vit avec un lien de partenariat et de coopération. La relation avec les propriétaires était agréable, mais il y avait moins cette proactivité et cet engagement vis-à-vis de cet esprit communautaire, si important pour nous. Nous faisons attention à nos producteurs. En contrepartie, ceux-ci doivent s’impliquer dans la coopérative.»

Marché Locavore à Racine
Marché Locavore.   (photo : Tourisme Val-Saint-François)

Elle ajoute :

«Le Marché Locavore a une belle réputation parce que, justement, il ne s’agit pas seulement de transactions financières. Il y a un échange d’humain à humain. L’achat local, ce n’est pas juste d’encourager des producteurs, mais c’est aussi de rencontrer les personnes qui sont derrière les produits qu’on veut se procurer. Et, pour les producteurs, de tisser des liens avec la clientèle.»

José Larouche espère que la situation pourra débloquer dès que possible.

 

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Racine se dote d’une table agroalimentaire (mai 2025)

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