La municipalité de Racine veut protéger l’église Saint-Théophile, au cœur du village. Elle souhaite citer l’édifice à titre de bien patrimonial, par le biais d’un projet de règlement.
Avec ce geste, le conseil municipal souhaite reconnaître et protéger la valeur historique et architecturale de ce bâtiment construit en 1906. Un édifice classifié « B » (exceptionnel) par le Conseil du patrimoine religieux du Québec.
Qu’est-ce que ça change?
Au Québec, lorsqu’une église est citée bien patrimonial, elle bénéficie d’une protection légale qui impose certaines règles vis-à-vis des travaux qui peuvent être effectués. Et ce, pour conserver des éléments caractéristiques qui en font sa valeur.
Cette citation permet aussi une meilleure accessibilité à certains programmes d’aide financière pour la restauration. Compte tenu qu’elle est officiellement reconnue comme ayant un intérêt public.
Préserver trois des quatre faces de l’église
La municipalité a publiquement fait savoir, lors d’une consultation publique le 25 mars dernier, qu’elle souhaite préserver trois des quatre faces de l’église. La protection ne s’étendrait toutefois pas à l’intérieur.
Le maire de Racine, Mario Côté, explique que les élus ont fait ce choix pour se laisser une marge de manœuvre, si un jour les usages du bâtiment venaient à changer.
«L’idée du conseil, c’est de garder toutes les possibilités ouvertes si jamais, dans plusieurs années, un agrandissement est nécessaire. Si nous décidions de préserver les quatre faces, ce serait impossible.»
Il mentionne que la proposition de la municipalité a été généralement bien reçue des citoyennes et citoyens. «Certains personnes auraient préféré que ce soit les quatre faces de l’église. Mais en général, les gens sont satisfaits. Ça correspond à la protection qu’ils souhaitaient accorder à l’apparence de l’église.»

Le Racinois André Desmarais, président du Comité de gestion de l’église de Racine, se réjouit de cette annonce.
«Notre comité avait fait cette demande à la municipalité une première fois en 2018. Je ne sais pas pourquoi ça avait été écarté à ce moment-là. Mais aujourd’hui, cette citation comme bien patrimonial va nous offrir davantage de crédibilité lorsque nous ferons des demandes de subvention. L’église sera protégée et va rester debout.»

Moins de subventions disponibles
En 2012, ce comité avait investi environ 750 000 $ pour des travaux de restauration, entre autre au niveau de la toiture.
André Desmarais indique que c’est désormais le clocher qui fait partie des priorités. Celui-ci a besoin d’un sérieux coup de pouce. Des réparations qui, au départ, avaient été estimées à environ 680 000 $.
Pour financer ces travaux, le comité avait déposé une demande de subvention au Conseil du patrimoine religieux et organisé diverses activités de financement auprès de la communauté.
Ces efforts ont toutefois été freinés brusquement l’an dernier. En juin 2025, le ministère de la Culture et des Communications a choisi de suspendre les programmes d’aide financière en restauration et en requalification du patrimoine religieux.

L’aide financière provient désormais du Programme d’ententes en patrimoine. Ce sont principalement les MRC qui peuvent faire des demandes à ce programme.
Interrogée à ce propos, la MRC du Val-Saint-François indique que Québec n’alloue plus uniquement des sommes pour la rénovation et la requalification des églises. Ce qui était le cas lors des subventions du Conseil du patrimoine religieux du Québec.
D’une part, les subventions sont moindres qu’auparavant. D’autre part, ce nouveau programme prévoit que les municipalités ou les organismes doivent participer à la hauteur de 50 % de l’enveloppe budgétaire d’un projet, alors que c’était 20 % auparavant.
Une situation que déplore André Desmarais.
«Un peu partout au Québec, des projets de patrimoine religieux comme le nôtre sont tombés à l’eau avec l’annonce des coupes du gouvernement en juin 2025.»
Réparer le clocher avec moins d’argent
Jusqu’à maintenant, le Comité de gestion de l’église de Racine a amassé environ 77 000 $ par ses activités de financement communautaire. André Desmarais reconnait que, dans ce contexte, le projet devra nécessairement être révisé à la baisse.
«Nous n’avons pas le choix. Ce ne sera pas possible de faire un projet de plus de 600 000 $, tel que prévu au départ.»
Il croit que le projet pourrait se faire aux environ de 200 000 $, en révisant certains aspects techniques. Comme par exemple le fait de ne pas installer d’échafaudage pour la réparation clocher et d’utiliser plutôt une nacelle. Ou en repoussant certaines réparations moins urgentes, comme les fenêtres ou la brique de l’édifice. «On va se concentrer sur l’essentiel, pour commencer», résume-t-il.
Si ce nouveau projet tourne bel et bien autour de 200 000 $, ce qui reste à confirmer, la portion à payer par la communauté serait de 100 000 $. Compte tenu que 77 000 $ ont déjà été amassés, il se dit confiant que la communauté offrira son appui pour la somme restante. «Je pense qu’on est capable de le faire», partage-t-il.

«Nous travaillons pour l’avenir»
L’église catholique de Racine fait partie de celles, dans le Val-Saint-François, où on célèbre encore des rites religieux. Contrairement à plusieurs autres, comme les églises à Saint-Denis-de-Brompton ou à Lawrenceville, qui ont fermé pour être reconverties en centres communautaires.
Actuellement, des messes sont célébrées toutes les semaines et une moyenne d’environ 30 personnes y assistent.
André Desmarais explique que le comité travaille à la suite des choses.
«Pour le moment, l’archevêché ne nous demande pas de fermer l’église. Nous en avons encore pour quelques années. Mais l’argent va en diminuant, comme toutes les autres églises. Alors nous travaillons déjà pour l’avenir. Ce que nous voudrions, c’est de conserver l’église pour le culte aussi longtemps que nous en aurons besoin. Mais qu’on puisse aussi y organiser d’autres activités.»
Une avenue : des messes et des activités culturelles
Compte tenu que Racine a récemment rénové de fond en comble son centre communautaire, André Desmarais croit l’église pourrait servir à la communauté pour des activités artistiques ou socioculturelles. Ce qui est présentement déjà le cas avec des événements comme «Mutation», récemment organisé par l’organisme Jardins Racine. Ou encore les concerts de la chorale La Farandole.
«Nous avons amorcé des démarches avec la municipalité à cet effet. On va éventuellement leur faire des propositions sur comment ça pourrait fonctionner.»
André Desmarais confirme aussi que le comité rencontrera sous peu avec l’archevêché pour discuter de ces orientations futures.
À LIRE ÉGALEMENT dans le Val-Ouest :
Jardins Racine propose une expérience artistique immersive avec « Mutation » (mars 2026)
Lawrenceville inaugure son nouveau centre communautaire (octobre 2025)
L’église de Saint-Denis-de-Brompton vendue à la municipalité (mai 2025)
Église de Racine : des gaufres divines et une famille engagée (mai 2025)
Clocher de l’église de Racine : un coup de main exceptionnel ! (avril 2025)












