photo : FB Les grains des Cantons
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À 24 ans, le lawrencevillois William Brisson a derrière lui un passé d’entrepreneur en aménagement paysager et de dynamiteur. Il s’est récemment relevé les manches pour changer complètement de domaine et démarrer Les grains des Cantons. Une entreprise spécialisée dans la fabrication de tortillas biologiques.

Tout a débuté en 2024, lorsque William Brisson devient père.

«Après la naissance de notre fille, on a commencé à manger davantage bio. J’ai réalisé qu’il n’y avait pas de tortillas biologiques à l’épicerie. Je me suis dit : c’est un méchant problème. Parce que des tortillas, dans notre famille, on en mange tout le temps.»

william brisson et famille
William Brisson et sa petite famille.  (photo : gracieuseté)

«Malgré la peur, j’ai décidé d’y aller!»

Bien qu’il n’ait aucune expérience dans le domaine, il se donne pour mission d’étudier attentivement ce dossier. Cherchant à comprendre comment on fabrique des tortillas : les ingrédients nécessaires, les équipements disponibles, etc. «J’ai fait le tour de la question, regardé le prix des machines et rédigé un plan d’affaires. Après six mois de recherche et développement, j’ai aussi réussi à trouver la recette gagnante.»

Après avoir complété ce tour d’horizon, William Brisson doit alors prendre une décision lourde de conséquences : doit-il ou non plonger dans ce projet entrepreneurial? Il cogne à différentes portes pour obtenir du soutien financier, mais on lui refuse.

«Les prêteurs veulent des garanties. Ils voulaient que j’aie, avant même de démarrer, une liste de commerces qui voudraient acheter des palettes et des palettes de tortillas. Mais le marché alimentaire ne fonctionne pas comme ça. Il faut que tu fasses tes preuves. Personne ne va s’engager à acheter un lot sans connaître le produit.»

Cet important obstacle ne l’empêche toutefois pas d’avancer.

«D’après les informations que j’avais colligées, ça démontrait que ça pouvait marcher. Tous les voyants étaient verts. La seule affaire qui m’empêchait de sauter, c’était la peur. Et quand j’ai peur de quelque chose, je suis toujours curieux de savoir pourquoi. Alors malgré la peur, j’ai décidé d’y aller!»

Cette décision a des impacts immédiats sur sa vie familiale. Car il décide de financer lui-même son initiative en hypothéquant sa propriété et en obtenant un prêt bancaire.

«J’ai tout financé de ma poche. Oui, c’est un peu dur financièrement. Mais les plus gros risques sont passés. Le plus dur, c’est d’offrir un produit que les gens aiment. C’était un gros défi. Mais là, c’est fait.»

«On a réussi à faire un produit qui est très bon»

Le jeune entrepreneur consacre actuellement de nombreux efforts à faire connaître son produit et à augmenter les lieux où il est vendu.

«On a réussi à faire un produit très bon, 100 % bio, et qui ne déchire pas. Trois choses qui sont très difficiles à réussir ensemble. Ça donne des tortillas que je peux donner à manger à mon enfant sans être gêné. J’en suis maintenant à envoyer des échantillons dans les grandes épiceries et j’attends des retours.»

grains des cantons - tortillas bio
Les tortillas bio des Grains des Cantons sont fabriqués à Lawrenceville, en Estrie.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

William Brisson s’enorgueillit de l’évolution rapide de son entreprise.

«Nous sommes rendus à 19 points de vente et ça monte tout le temps. Les clients renouvellent leurs commandes. C’est très bon signe parce que ça fait seulement trois semaines que nous sommes sur le marché.»

En plus d’être disponibles dans la région de Valcourt (IGA Ouimette, Chez Duff, Sojà d’ici, Fromagerie Nouvelle-France, Le Coin du DEP), les produits sont aussi distribués dans des points de vente à Sherbrooke et Montréal.

L’entrepreneur signale que ses équipements ne tournent actuellement pas à plein régime. Mais qu’ils sont fin prêts à rouler davantage, si les ventes connaissent éventuellement une «explosion».

La bosse des affaires

Malgré ses 24 ans, William Brisson a la bosse des affaires. Il a géré pendant environ 10 ans une entreprise en aménagement paysager. Après la vente de son entreprise, il a investi en immobilier et est allé étudier en Forage et dynamitage.

Néophyte du secteur agroalimentaire, il croit que son regard extérieur est un avantage.

«Il y a plusieurs entreprises dans le bio qui fonctionnent à la main. Pourtant, pour offrir un produit bio à prix abordable, il faut être automatisé. Sinon, le produit coûte trop cher et ne se vendra pas. Alors pour ça, il faut s’équiper.»

Déjà, toutes les étapes de production, sauf l’emballage, sont automatisées. Grâce à de l’équipement qu’il a acheté en Chine.

À terme, il voudrait automatiser l’ensemble du processus. Les grains des Cantons ne devraient donc pas créer beaucoup d’emplois manuels.

«Au lieu que des employés fassent des tâches répétitives pour fabriquer des tortillas en usine, ce sera fait par des machines. Ces personnes pourront donc occuper d’autres emplois dont la société a davantage besoin», croit-il.

William Brisson
Malgré les obstacles inhérents au démarrage d’une entreprise, William Brisson a décidé de foncer.  (photo : Les grains des Cantons)

Prochaine étape : convaincre des investisseurs

Bien qu’il reçoive de l’aide ponctuelle, William Brisson reste pour le moment seul à la tête du navire. Il cherche désormais à convaincre des investisseurs de se joindre à l’aventure. Pour lever des fonds qui permettront de faire progresser l’entreprise.

Pour trouver cet argent, il compte utiliser un concept américain, inventé en 2013, qui s’appelle «SAFE» pour «Simple Agreement for Future Equity». [Il n’y a pour le moment pas de traduction française.]

Avec un SAFE, un investisseur donne de l’argent à une jeune pousse (startup) aujourd’hui, mais il ne reçoit pas d’actions immédiatement. À la place, il reçoit la promesse d’obtenir des actions plus tard, lors d’un événement précis. Généralement lors de la «vraie» levée de fonds avec de gros investisseurs.

Cet accord demande moins de paperasse, mais est plus risqué. Un investisseur peut perdre sa mise si l’entreprise échoue, parce qu’il ne s’agit pas d’un prêt conventionnel.

«Ça prend des gens qui sont à l’aise avec le risque, parce que c’est un investissement risqué», reconnait en toute transparence le jeune entrepreneur.

L’investissement minimal demandé sera de 25 000 $, avec un objectif de recueillir 200 000 $. «Ça va permettre de financer l’entreprise pour qu’elle puisse croître avec moins de pression. Plutôt que j’aie à tout supporter à bout de bras.»

«Je n’ai pas viré de bord»

Et s’il ne réussit pas à aller chercher cette somme? «Je vais continuer quand même», répondit-il avec conviction. Il ajoute :

«Avec toutes les informations que j’ai recueillies, j’ai décidé de lancer mon entreprise et je n’ai pas viré de bord. Au final, c’est le marché qui décidera si ça fonctionne ou non.»

William Brisson compte aussi aller à nouveau cogner à porte du Centre d’aide aux entreprises (CAE) du Val-Saint-François, qui fait partie des organisations qui lui ont refusé un prêt. Cette fois en présentant de nouveaux chiffres, qui ont évolué depuis que le CAE l’a aidé à «faire ses prévisionnels ». C’est-à-dire d’estimer à l’avance les futurs revenus et dépenses.

Tout mettre en œuvre «pour que ça aille bien»

Il se dit en paix si jamais ce périple entrepreneurial ne fonctionne pas. Il affirme qu’il retournera, sans amertume, travailler dans le milieu du dynamitage.

Mais il n’en est pas là. Bien au contraire.

«Je mets en ce moment tous mes efforts pour que ça aille bien. Et ma vision, c’est d’offrir des tortillas bio au Québec.»

 

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