Se déplaçant uniquement en chaise roulante, c’est à contrecoeur que la Windsoroise Pâquerette Gagné se résigne à déménager à Sherbrooke en cette fin juin 2025. Faute d’obtenir un service de transport adapté à sa situation.
Atteinte de la sclérose en plaques, Pâquerette Gagné doit, depuis 2018, se déplacer uniquement par le biais du transport adapté.
«Je ne peux pas embarquer dans une auto ou prendre un taxi. Mes déplacement deviennent ainsi très limités», témoigne-t-elle.
Selon elle, les horaires, trajets et temps de déplacement offerts par Trans-Appel, en charge du transport collectif et adapté dans le Val-Saint-François, conviennent mal à ses besoins. Au point où elle n’utilise ce type de transport que trois fois par mois, alors qu’elle souhaiterait sortir davantage de chez elle. Une situation qui s’est exacerbée au cours des derniers mois.
«L’hiver dernier, je ne suis sorti de chez moi que deux fois», affirme-t-elle.

«Si ce n’était du transport, je serais demeuré à Windsor»
Compte tenu de cette situation, elle dit n’avoir eu d’autres choix que celui-là pour améliorer ses conditions de vie. «À Sherbrooke, j’aurai accès à du transport sept jours sur sept», soutient-elle. De fait, la Société de transport de Sherbrooke offre un service de transport adapté du lundi au vendredi de 7 h à minuit. Et les samedis et dimanches de 8 h à minuit.
Pâquerette Gagné déplore d’être ainsi obligée de s’arracher de son milieu.
«J’adore Windsor. Mais avec les conditions actuelles, je ne peux pas me déplacer adéquatement en transport adapté. Alors que la majorité de mes rendez-vous médicaux sont à Sherbrooke. Si ce n’était du transport, je serais demeuré à Windsor.»
D’autres personnes avec les mêmes défis
La Windsoroise soupçonne qu’elle ne serait d’ailleurs pas la seule à faire face à ces défis. «La travailleuse sociale qui s’occupe de mon dossier m’a dit récemment que j’étais la sixième personne de Windsor qui devait déménager à Sherbrooke à cause d’une situation similaire.»
Contacté par le Val-Ouest, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS répond ne pas être en mesure de confirmer ou d’infirmer ce chiffre. Ne compilant pas de statistiques officielles concernant le transport des personnes.
«Ils ne peuvent pas faire mieux»
Malgré ces difficultés, Pâquerette Gagné ne pointe pas du doigt Trans-Appel pour autant. Au contraire, celle-ci dit comprendre le point de vue de l’organisme de transport. Parce qu’elle siégeait depuis deux ans comme représentante des usagers au sein de son conseil d’administration.
«En m’impliquant au conseil d’administration, j’ai bien vu qu’avec l’argent qu’ils ont, ils ne peuvent pas faire mieux. Je sais que ça ne dépend pas seulement de Trans-Appel. Ça dépend aussi du gouvernement du Québec. Si on injectait plus d’argent dans les régions, il y aurait davantage de services. Et peut-être moins d’exodes vers les grandes villes.»
Le directeur général de Trans-Appel, Denis Verreault, reconnait les importants défis que vivent des usagers et usagères comme Pâquerette Gagné. Il attribue lui aussi cette situation au manque de financement de son organisme. «Notre mandat de base, c’est de desservir la MRC du Val-Saint-François. Alors que la majorité des déplacements que souhaite faire cette personne sont hors territoire. Si nous ne recevons pas de financement nettement supérieur, nous ne pouvons rendre notre desserte vers Sherbrooke vraiment efficace.»

«Les régions n’ont à peu près rien reçu»
Le gouvernement du Québec a pourtant annoncé, en décembre 2024, l’injection de 880 millions de dollars pour le transport collectif. Ces sommes ne viennent-elles pas soutenir les actions des organismes de transport? Pâquerette Gagné croit que non.
«Les régions n’ont à peu près rien reçu de cet investissement de 880 millions de dollars. Je trouve ça déplorable qu’on n’ait pas conscience de nos besoins en région. Comme si on ne prenait pas ça au sérieux.»
Denis Verreault confirme qu’au Québec, 85 % des organismes en transport collectif sont situés en milieu rural. Ceux-ci desservent environ 33 % de la population québécoise. «Sur les 880 millions de dollars offerts par le gouvernement du Québec, 0,34 % est consacré au transport collectif rural.» Ce qui, pour le Val-Saint-François, correspond à 19 000 $ réparti sur quatre ans.
Le gestionnaire dit en avoir fait part à Geneviève Guilbault, ministre des Transports, lors de sa récente visite en Estrie.
«Je me questionne sur l’importance accordée aux régions pour le transport collectif. C’est souvent deux poids, deux mesures. À titre d’exemple, si nous avions reçu 10 % de la somme plutôt que 0,34 %, ça aurait donné au-dessus de 1M$ à chaque organisme en milieu rural, pour quatre ans. Les plus grandes agglomérations, qui reçoivent les investissements les plus importants, ont déjà des systèmes bien établis. Alors que nous devons nous développer», exprime-t-il.
Défi : plus que doubler le budget d’ici début 2027
Le budget annuel de Trans-Appel est d’environ 700 000 $ par année. L’organisme offre 13 000 déplacements en transport adapté et 2000 en transport collectif.
Une offre de service dont les coûts vont bientôt augmenter significativement, explique Denis Verreault. Parce que le contrat signé en 2019 avec le sous-traitant responsable du transport vient à échéance à la fin de 2026. Conséquence : pour offrir exactement la même desserte que celle offerte en ce moment, Trans-Appel aura besoin de 1,4 M$ plutôt que 700 000 $.
Doubler un budget, donc, pour une offre qui, dans sa forme actuelle, ne correspond pas tout à fait aux besoins des usagers.
C’est pourquoi Denis Verreault a présenté l’hiver dernier aux élus du Val un plan visant l’amélioration du système de transport. En offrant, entre autres, de nouveaux trajets d’autobus qui permettront de desservir les travailleurs et les étudiants de la région. Coût de cette vision stratégique, si celle-ci était mise en œuvre : entre 300 000 $ et 400 000 $.

Ce qui signifie que les élus du Val devront décider, d’ici décembre 2026, s’ils souhaitent ou non investir une somme supplémentaire d’environ 1M$ dans leur société de transport. Ce qui divise les opinions. Certains souhaitant bonifier le service, alors que d’autres voudraient au contraire ne plus y injecter d’argent.
Autre projet sur la table pour réaliser ce développement : un regroupement entre Trans-Appel et Service de transport collectif des Sources. Récemment, les conseils des deux MRC ont voté des résolutions ouvrant la porte à ce que ce scénario soit étudié au cours des prochains mois.
«Je suis respectueux des décisions que les élus auront à prendre. Je comprends que ce n’est pas évident», glisse Denis Verreault.
«Madame Gagné va nous manquer»
Est-ce que tous ces hypothétiques investissements futurs, s’ils avaient été réalisés au jour d’aujourd’hui, auraient changé la donne pour Pâquerette Gagné? Probablement en partie, mais pas totalement, convient Denis Verreault en toute transparence.
«Si les élus décident d’aller dans cette direction, le plus gros changement sera en transport collectif. Mais le transport adapté va aussi en bénéficier. Parce que les autobus utilisés sur ces nouveaux parcours pourraient aussi, par la même occasion, transporter des personnes à mobilité restreinte.»
Denis Verreault dit avoir bien apprécié la présence de Pâquerette Gagné.
«C’est une personne qui n’a pas la langue dans sa poche. Capable de nous faire part de sa réalité. Exactement ce dont nous avons besoin au sein du conseil d’administration. Quand nous devions prendre des décisions, elle nous faisait part du point de vue des usagers. C’est précieux. D’autant plus que toutes les autres personnes impliquées au sein du CA sont des délégués municipaux, qui n’utilisent pas le service de transport collectif ou adapté. Nous avons donc besoin de l’apport d’une personne qui l’utilise pour savoir ce qui fonctionne ou non. Madame Gagné va nous manquer, c’est certain. C’est vraiment une personne exceptionnelle.»
Trans-Appel est désormais à la recherche de la perle rare pour occuper ce poste vacant au sein du conseil d’administration. «Idéalement une personne qui utilise le transport adapté. Puisque ce sont actuellement la majorité de nos usagers», fait savoir Denis Verreault.
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2 commentaires
Denis Verreault
Trans-Appel Inc. est un service de transport en commun. Qui ne peut et ne doit pas être perçu comme un service taxi. Les mandats de ces modes de transports sont bien différents.
L’obligation de desservir n’entraîne pas obligation de faire tous les transports au moment et conditions demandés par l’usager.
Trans-Appel a un cadre d’horaire.
Il a des contraintes imposées par le nombre de véhicules et leur format.
Il a des contraintes en raison des réservations reçues, régulières et occasionnelles.
Et finalement il doit respecter un cadre financier.
Trans-appel ne refuse pas de transport.
Mais il se peut que les propositions d’heures faites pour s’agencer avec nos routes ne conviennent pas à l’usager.
À ce moment c’est à l’usager de voir si l’horaire proposé fonctionne avec ses activités.
L’équipe de Trans-Appel fait le mieux avec les contraintes mentionnées plus haut.
À ce niveau, le financement reste le nerf de la guerre.
Nous espérons que ces précisions éclairent les lecteurs sur la situation.
Dominic Alexandre
En refusant le transport à des personnes en situation de handicap, Trans-Appel se place en illégalité par rapport à la législation en matière de transport adapté. En effet, un transporteur adapté n’a pas le droit de refuser de transport à une personne handicapée. La question budgétaire n’est pas une raison pour refuser du transport. J’invite les personnes qui sont lésés par les services de Trans-Appel à se plaindre au Ministère des Transports et de la Mobilité Durable. Ces personnes devraient interpellées leur député. Trans-Appel pourrait être mis en demeure d’assurer le transport adapté sur le territoire, tel que le prescrit la loi. Les subventions au transport adapté sont insuffisantes, si les gens ne se plaignent pas, il n’y a pas de pression sur le gouvernement à hausser les aides financières. Les personnes handicapées ont DROIT au transport autant pour des raisons médicales que pour leurs loisirs et les services.
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