photo : Sébastien Michon - Le Val-Ouest
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De l’extérieur, rien ne laisse présager de ce qui se trouve derrière les murs de cette bâtisse sobre, dans le parc industriel de Valcourt. Aucune grande affiche ou d’aménagement particulier. Seul un discret logo à l’entrée principale indique un nom : Nuvac Eco-Science. Pourtant, derrière cette porte se trouve une entreprise qui travaille dans un créneau très spécialisé : celui des biotechnologies environnementales.

Depuis une vingtaine d’années, Nuvac Eco-Science concocte des solutions «écologiques» pour traiter les eaux usées, les lacs, les sols ainsi qu’améliorer la santé animale. Leur créneau : les enzymes et les bactéries.

«Nous apportons des solutions environnementales, entre autre dans le secteur de l’agriculture et dans le milieu municipal» résume le président, Bruno Demers.

bâtisse Nuvac Eco-Science à Valcourt - sept. 2026
Au premier coup d’oeil, rien ne laisse présager que cette bâtisse industrielle abrite à Valcourt une entreprise de biotechnologie.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

De producteur porcin à PDG d’une biotech verte

Au départ, rien ne destinait cet ex-producteur porcin de Racine à devenir PDG d’une telle entreprise qui compte une dizaine d’employés.

En mai 2002, Bruno Demers fait la rencontre d’un représentant de Nuvac Sciences de la vie inc., dont les bureaux étaient à Saint-Jean-sur-Richelieu. L’entreprise se targue d’avoir trouvé une solution efficace pour le contrôle des odeurs produites par les fermes porcines.

«Compte tenu que notre ferme était localisée dans un secteur hautement touristique de l’Estrie, il était important pour nous de trouver une solution efficace à long terme», mentionne-t-il dans un communiqué de presse émis à l’époque.

La ferme expérimente le procédé et les résultats sont probants. En quelques mois, les niveaux d’ammoniac, qui se situaient à environ 20 ppm, baissent pour se maintenir entre 5 et 6 ppm. Non seulement la méthode réduisait les inconforts causés par les odeurs, mais Yves Perras, l’agronome en charge des suivis, constate un meilleur état de santé des animaux et une économie dans l’utilisation de la moulée.

Cette intervention a eu un impact tellement positif que Bruno Demers décide de quitter le secteur la production porcine une dizaine d’années plus tard. Il se retrouve depuis 2012 à la tête de ce qui est devenu Nuvac Eco-Science.

Bruno Demers, PDG de Nuvac Eco-Science
Bruno Demers, président de Nuvac Eco-Science.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

«Je sais comment faire avancer mes idées»

«Je n’ai pas de diplôme accroché au mur, mais j’ai de l’expérience derrière la cravate. J’ai de bonnes idées et je sais comment les faire avancer», partage-t-il.

De fait, son entreprise a développé des partenariats qui lui permettent d’aller chercher de l’expertise à l’externe : Université de Sherbrooke, Université Laval, Université de Moncton, Centre de recherche industrielle du Québec, Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, etc.

«Nous sommes axés sur la recherche et le développement. Toutes ces collaborations nous permettent d’être capables de bâtir de gros projets à moindre coût», indique-t-il.

Nuvac embauche aussi régulièrement des stagiaires en génie biotechnologique dans le cadre du régime coopératif de l’Université de Sherbrooke. Au fil des ans, environ une trentaine d’étudiantes et d’étudiants ont ainsi fait leur stage au sein de l’entreprise.

Une gamme de produits pour gros animaux

L’entreprise continue encore aujourd’hui à offrir une gamme de produits destinés aux animaux de ferme. Comme un mélange destiné aux vaches laitières.

«Les producteurs laitiers vont ajouter l’équivalent d’environ 28 grammes par jour de ce mélange de prébiotiques et de postbiotiques dans l’alimentation bovine. Cela aura un impact sur les micro-organismes présents dans le rumen de la vache. Elle aura alors une capacité beaucoup plus grande d’aller chercher les nutriments présents dans la nourriture. Ce qui fait que l’animal sera plus fertile et en meilleure santé.»

Une donnée importante pour les productrices et producteurs laitiers qui souhaitent améliorer leurs pratiques. «Les producteurs sont payés en fonction de paramètres présents dans le lait. Notre produit réduit les cellules somatiques, c’est-à-dire les «mauvaises» bactéries qu’on retrouve dans le lait. Ça augmente aussi le gras et la protéine. De telle sorte que la qualité du lait est améliorée. On a donc un gros retour sur l’investissement», assure-t-il.

Des animaux en «meilleure santé»

Le producteur laitier Michel Brien, de la ferme Mylixy à Racine, utilise ces suppléments pour animaux depuis environ une dizaine d’années.

«Je pense qu’effectivement, ces produits aident à l’assimilation et à la digestibilité des aliments par nos vaches. C’est sûr que c’est pour nous difficile à mesurer scientifiquement, car d’autres paramètres entrent en jeu, comme l’utilisation d’un foin de bonne qualité. Mais nous avons quand même des indices, comme le calcul des cellules somatiques. Ce qui fait que nous avons tendance à avoir des animaux en meilleure santé», partage-t-il.

Michel Brien président UPA-Estrie (2026)
Michel Brien, producteur laitier de la ferme Mylixy à Racine.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Malgré les coûts de cet ajout à l’alimentation des animaux, Michel Brien croit que cet investissement est rentable.

«Il existe d’autres produits similaires, qui viennent en grande partie de l’étranger. Mais c’est intéressant de soutenir une entreprise locale d’ici, à Valcourt. En plus, plusieurs recherches démontrent les bienfaits d’en ajouter dans la ration.»

Il a aussi remarqué un autre bénéfice à ces produits. «Des producteurs qui en utilisent m’ont déjà dit que le fumier se décompose mieux. Parce que les bactéries continuent de se nourrir même dans le fumier.»

Ce que confirme Bruno Demers. «Après avoir transité par le rumen et les intestins, les bactéries ne sont pas mortes. Elles continuent à travailler dans le fumier et améliorent sa qualité fertilisante. Ça rajoute aussi des micro-organismes dans le sol. C’est vraiment un cycle complet de la vie.» De là, fait-il remarquer, le logo de son entreprise qui représente l’image d’un cycle.

Mieux gérer les boues d’épuration

Un autre des créneaux de l’entreprise : la gestion des boues d’épuration. Nuvac Eco-Science offre ses services à environ 70 villes et municipalités au Québec et ailleurs au Canada.

L’entreprise propose un programme d’entretien de la fosse, ce qui permet de réduire le nombre de vidanges, voire même de les éliminer, selon ses dires.

«Parfois les fosses sont à pleine capacité et les municipalités sont obligées de faire des déversements d’eaux usées dans les cours d’eau. Nous avons développé ce qu’on appelle un «consortium bactérien» qu’on ajoute aux étangs d’épuration. Les bactéries viennent réduire la quantité de matières organiques au fond des fosses en digérant les boues.»

Leur domaine de recherche s’étend aussi aux contaminants présents dans l’eau. «Nous avons fait une étude en collaboration avec l’Université de Sherbrooke sur 60 contaminants qu’on retrouve dans les eaux usées municipales. Nos produits les ont éliminé de 60 % à 100 %», fait-il valoir.

La gestion des eaux usées est un enjeu important pour plusieurs municipalités. On se rappellera que Racine avait écopé en 2025 d’une sanction de 10 000 $ pour le déversement d’eaux usées dans le ruisseau Benda à l’été 2023.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Améliorer la qualité de l’eau des lacs

Les technologies de Nuvac sont aussi dans la mire de l’Association du lac Tomcod, à Saint-François-Xavier-de-Brompton. Le groupe fonde l’espoir que ces produits pourraient améliorer la qualité de l’eau du Petit lac Saint-François. Comme ce fut le cas dans le cadre d’un projet déployé entre 2018 et 2020 aux lacs Drolet et de la Veuve, avec le soutien de l’Université de Sherbrooke.

«Dans le fond de ces deux lacs, comme ailleurs au Québec, il y a beaucoup de matière organique en décomposition, accumulée depuis plusieurs années. Les eaux plus chaudes font en sorte que les micro-organismes se développent davantage. Cela favorise alors la multiplication des algues. Les autres micro-organismes que nous ajoutons viennent digérer la matière organique, ce qui améliore la situation», explique Bruno Demers.

Claude Paulin (conseiller mun St-François-Xavier-de-Brompton), Johanne Pomerleau (Asso Lac Tomcod) et Josée Picard (Asso Lac Tomcod) - sept. 2026
L’Association du lac Tomcod fonde beaucoup d’espoir sur l’utilisation de la technologie de Nuvac pour améliorer la qualité de l’eau du Petit lac Saint-François.  Sur la photo : Claude Paulin (conseiller municipal à Saint-François-Xavier-de-Brompton et ancien président de l’Association), Johanne Pomerleau (secrétaire de l’Association) et Josée Picard (trésorière de l’Association).  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Là où le bât blesse : certains produits, comme celui destiné aux cours d’eau, tardent à recevoir une homologation. «Il y a quelques années, on a rencontré le ministère de l’Environnement pour faire homologuer notre produit. Mais c’est d’une lenteur incroyable. Nous avons produit un document pour démontrer scientifiquement que le produit ne nuira pas à toutes sortes d’organismes et de micro-organismes qu’on retrouve dans l’eau. Par la suite, nous avons compris qu’on devait plutôt s’adresser au gouvernement fédéral. Nous montons donc un nouveau dossier que nous leur enverrons bientôt.»

À venir : des masques et des couches antimicrobiennes

Prochain projet dans la mire de Nuvac : la conception d’un masque qui serait à la fois antimicrobien et virucide. L’entreprise travaille avec un centre de transfert technologique pour faire valider cette innovation.

Bruno Demers partage que son entreprise aurait aimé que les masques soient conçus en usine avec des tissus imbibés de ces produits. Mais que les procédés de fabrication industrielle rendent cette option plus difficile à réaliser. Le kit devrait donc être vendu avec un produit à asperger sur le masque.

Nuvac a établi un partenariat avec une entreprise qui sera en mesure de distribuer ces produits dans un grand nombre de pharmacies. «On devrait être capable de commencer à commercialiser ça dans les prochains mois», croit-il.

Il aimerait aussi qu’une solution semblable soit utilisée dans les couches pour adultes et les piqués utilisés dans les CHSLD. Réduisant ainsi les risques de contagion dans le milieu de la santé.

 

 

Prébiotiques, probiotiques, postbiotiques : de quoi parle-t-on?

Les prébiotiques sont des fibres alimentaires non digérables qui servent de nourriture aux «bonnes» bactéries de l’intestin pour les aider à se développer.

Les probiotiques sont les «bonnes» bactéries vivantes qu’on apporte à l’organisme.

Les postbiotiques sont les substances bénéfiques produites ou libérées par ces «bonnes» bactéries lorsqu’elles consomment les prébiotiques. Ce qui a un effet positif sur la santé.

En résumé : les prébiotiques sont le «carburant», les probiotiques sont les «moteurs » et les postbiotiques sont les bénéfices produits par ce moteur.

 

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